1
/
of
1
Lost Leaf Publications
Souvenirs de mon dernier voyage à Paris (1795) (Illustrated)
Souvenirs de mon dernier voyage à Paris (1795) (Illustrated)
Regular price
$0.99 USD
Regular price
Sale price
$0.99 USD
Shipping calculated at checkout.
Quantity
Couldn't load pickup availability
Fils et petit-fils de pasteurs de l'Église réformée, Henri Meister [1], après avoir terminé ses études à Zurich, et avoir été consacré au saint ministère, était venu à Paris au printemps de 1766,—il n'avait pas encore vingt-deux ans,—pour y être précepteur du fils d'une jeune et jolie veuve, Mme de Vermenoux.
Dans la grande ville, il se trouva bientôt acclimaté. Sa mère appartenait à une famille française et protestante, qui s'était réfugiée en Allemagne, en sorte que la langue française était sa langue maternelle, dans le sens précis de ce mot.
En 1764, voyageant en Suisse et s'étant présenté à Jean-Jacques Rousseau dans les montagnes du Jura, et à Voltaire dans son château de Ferney, Meister avait su leur plaire. Il avait, en effet, un esprit ouvert et précoce, le charme et l'élan du jeune âge: les deux philosophes lui avaient fait un accueil flatteur.
A Paris aussi, il sut réussir dans la société lettrée où il se trouva introduit. Mme de Vermenoux était amie 2 de Mme Necker, et celle-ci avait commencé déjà à réunir autour d'elle des hommes d'esprit, des écrivains, et, parmi eux, les plus distingués de cette époque: Buffon, Diderot, d'Alembert: «C'est une petite Académie», écrivait Meister à son père, en lui parlant des réunions auxquelles il avait pu assister [2]; il fut bientôt initié à la vie littéraire de la France.
Quelques années se passèrent ainsi pour lui: heureux temps de loisir, de vie mondaine, de conversations et d'études. Quand l'éducation du jeune Auguste de Vermenoux se trouva terminée, une autre occupation se présenta pour Meister à point nommé.
Melchior Grimm,—qui comme lui était sorti d'une famille de la bonne bourgeoisie d'une ville allemande, qui comme lui était fils d'un pasteur, et comme lui était venu de bonne heure à Paris,—rédigeait depuis près de vingt ans une Correspondance littéraire qu'il adressait chaque mois à quelques princes des pays du Nord. Mais Grimm, en cela très différent de Meister, était un ambitieux, et il aspirait à quelque emploi plus décoratif. Au commencement de 1773, il allait entreprendre, à cet effet, une espèce de voyage de découverte dans les cours auxquelles il adressait sa Correspondance. Il ne s'abusait point sur ses chances d'avenir: il réussit, en effet, à plaire à l'impératrice Catherine II, et, dès lors, une nouvelle carrière s'ouvrit à lui.
Au moment de son départ, et dans l'incertitude où il était naturellement sur l'issue de son expédition, Grimm voulut que sa Correspondance littéraire continuât à paraître pendant son absence, et il eut la main heureuse en choisissant pour cela notre Meister, qui s'acquitta très 3 bien de cette charge. Aussi Grimm, de retour à Paris, se trouvant appelé par la confiance de l'impératrice de Russie à s'occuper d'objets plus importants, abandonna à son jeune remplaçant les bénéfices et les charges de cette Correspondance, qui devint la chose de Meister [3] et sa principale occupation. Quatorze années durant, il s'y consacra tout entier.
Dans les dernières années du règne de Louis XVI, le moment vint où Meister, qui n'avait fait jusqu'alors que rendre compte des ouvrages d'autrui, et qui était arrivé à l'âge mûr, se jugea enfin capable d'entrer à son tour dans la lice. Son premier écrit fut un traité De la morale naturelle, 1787, qui eut plusieurs éditions, et fut traduit en allemand par Wieland. Un petit volume, intitulé: Des premiers principes du système social, appliqués à la révolution présente, 1790, eut aussi plus d'une édition. Nous lui emprunterons un chapitre: Quelques aperçus sur les causes de la révolution actuelle, qu'on trouvera dans nos appendices.
Meister publia ensuite des brochures de circonstance: les Conversations patriotiques, 1791, qui eurent trois éditions en quinze jours; un Entretien d'un feuillant et d'un jacobin, 1792, réimprimé dans une édition développée des Conversations patriotiques [4], qui se terminait par les Idées de milord Backward.
Dans la grande ville, il se trouva bientôt acclimaté. Sa mère appartenait à une famille française et protestante, qui s'était réfugiée en Allemagne, en sorte que la langue française était sa langue maternelle, dans le sens précis de ce mot.
En 1764, voyageant en Suisse et s'étant présenté à Jean-Jacques Rousseau dans les montagnes du Jura, et à Voltaire dans son château de Ferney, Meister avait su leur plaire. Il avait, en effet, un esprit ouvert et précoce, le charme et l'élan du jeune âge: les deux philosophes lui avaient fait un accueil flatteur.
A Paris aussi, il sut réussir dans la société lettrée où il se trouva introduit. Mme de Vermenoux était amie 2 de Mme Necker, et celle-ci avait commencé déjà à réunir autour d'elle des hommes d'esprit, des écrivains, et, parmi eux, les plus distingués de cette époque: Buffon, Diderot, d'Alembert: «C'est une petite Académie», écrivait Meister à son père, en lui parlant des réunions auxquelles il avait pu assister [2]; il fut bientôt initié à la vie littéraire de la France.
Quelques années se passèrent ainsi pour lui: heureux temps de loisir, de vie mondaine, de conversations et d'études. Quand l'éducation du jeune Auguste de Vermenoux se trouva terminée, une autre occupation se présenta pour Meister à point nommé.
Melchior Grimm,—qui comme lui était sorti d'une famille de la bonne bourgeoisie d'une ville allemande, qui comme lui était fils d'un pasteur, et comme lui était venu de bonne heure à Paris,—rédigeait depuis près de vingt ans une Correspondance littéraire qu'il adressait chaque mois à quelques princes des pays du Nord. Mais Grimm, en cela très différent de Meister, était un ambitieux, et il aspirait à quelque emploi plus décoratif. Au commencement de 1773, il allait entreprendre, à cet effet, une espèce de voyage de découverte dans les cours auxquelles il adressait sa Correspondance. Il ne s'abusait point sur ses chances d'avenir: il réussit, en effet, à plaire à l'impératrice Catherine II, et, dès lors, une nouvelle carrière s'ouvrit à lui.
Au moment de son départ, et dans l'incertitude où il était naturellement sur l'issue de son expédition, Grimm voulut que sa Correspondance littéraire continuât à paraître pendant son absence, et il eut la main heureuse en choisissant pour cela notre Meister, qui s'acquitta très 3 bien de cette charge. Aussi Grimm, de retour à Paris, se trouvant appelé par la confiance de l'impératrice de Russie à s'occuper d'objets plus importants, abandonna à son jeune remplaçant les bénéfices et les charges de cette Correspondance, qui devint la chose de Meister [3] et sa principale occupation. Quatorze années durant, il s'y consacra tout entier.
Dans les dernières années du règne de Louis XVI, le moment vint où Meister, qui n'avait fait jusqu'alors que rendre compte des ouvrages d'autrui, et qui était arrivé à l'âge mûr, se jugea enfin capable d'entrer à son tour dans la lice. Son premier écrit fut un traité De la morale naturelle, 1787, qui eut plusieurs éditions, et fut traduit en allemand par Wieland. Un petit volume, intitulé: Des premiers principes du système social, appliqués à la révolution présente, 1790, eut aussi plus d'une édition. Nous lui emprunterons un chapitre: Quelques aperçus sur les causes de la révolution actuelle, qu'on trouvera dans nos appendices.
Meister publia ensuite des brochures de circonstance: les Conversations patriotiques, 1791, qui eurent trois éditions en quinze jours; un Entretien d'un feuillant et d'un jacobin, 1792, réimprimé dans une édition développée des Conversations patriotiques [4], qui se terminait par les Idées de milord Backward.
Share
