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Éditions Ravet-Anceau
Les desperados de Roubaix: Rançonner n'est pas jouer
Les desperados de Roubaix: Rançonner n'est pas jouer
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À Roubaix, durant l’été 1961, Charles se pend. Ouvrier depuis de nombreuses années, il vient d’être licencié. Quatre de ses anciens collègues décident de le venger en enlevant l’épouse d’Émile, un entrepreneur. Gardée prisonnière sur une péniche, la jeune femme bouillonne. Curieusement, son mari refuse de payer aux ravisseurs la rançon exigée. Les kidnappeurs ne tardent pas à en comprendre la raison, leur captive est insupportable. Égocentrique, manipulatrice, infernale. Une seule question les préoccupe alors : comment mettre fin à leur calvaire ?
EXTRAIT
Charles rêvait à une autre vie qu’il savait impossible. La toile cirée au dessin effacé que l’on voyait dans chaque cuisine, soigneusement lavée, usée jusqu’à la corde par les coudes de générations d’ouvriers, laissait voir sa trame. Drôle de drame en réalité que ces courées inhumaines. Pourtant Charles, comme tous les autres ouvriers, ne les quitterait sous aucun prétexte. Ils en pleuraient lorsqu’ils déménageaient, même si la transhumance les déplaçait de quelques mètres seulement vers le couloir suivant. Ils n’imaginaient pas vivre ailleurs. Charles n’avait pas besoin de miroir pour mesurer la misère. Elle leur collait à la peau, il suffisait de regarder autour de soi pour la voir. La majorité des ouvriers la vivaient à la maison tous les jours que Dieu faisait dans sa grande mansuétude. Certains, éthérés ou alors des irrécupérables très abîmés par le labeur, trouvaient encore le moyen d’aller le remercier pour ces épreuves le dimanche à la messe. Ce décor immuable depuis cent ans, ces rites de pauvres gens se répétaient tout au long de la rue des Longues-Haies enfumée par les cheminées d’usine à proximité et dans tous les quartiers populaires de Roubaix comme une chaîne infinie. Cela ne l’empêchait pas d’être la rue la plus vivante, la plus célèbre, la plus crainte de Roubaix, son poumon de fumeur. Et le comble, la plus conviviale.
S’il devait y avoir une seule chose équitable dans cette ville, ce serait la maigre consolation de reconnaître que dans les quartiers riches, les habitants respiraient à pleins poumons le même air.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Bernard Thilie est né rue du Vieil-Abreuvoir à Roubaix dans un débit de tabac enfumé nommé « le Havane ». C’est à Roubaix qu’il a vécu une scolarité chaotique qui lui a permis de fréquenter la quasi-totalité des écoles de cette ville, lassant la patience des enseignants de cinq établissements sur les treize visités. Après un service militaire houleux dans l’artillerie, dont témoigne l’absence de clochers de certains villages du Poitou, il a sévi pendant quarante ans dans le monde fertile des engrais, milieu culturel s’il en est. Il a découvert la littérature à dix ans au travers de la comtesse de Ségur et depuis, lit en moyenne trois livres par semaine. Si Hemingway et Maupassant sont ses modèles, il aime également les policiers (McBain, Williams, Connely) ainsi que la bonne science-fiction (Simak, Silverberg). En 2003, il réalise son rêve et se met à l’écriture. Sept romans à ce jour, dont une biographie de chef d’orchestre toujours à la recherche d’un éditeur courageux, une vision personnelle et vécue de mai 68, et la suite de Nuit de chine.
EXTRAIT
Charles rêvait à une autre vie qu’il savait impossible. La toile cirée au dessin effacé que l’on voyait dans chaque cuisine, soigneusement lavée, usée jusqu’à la corde par les coudes de générations d’ouvriers, laissait voir sa trame. Drôle de drame en réalité que ces courées inhumaines. Pourtant Charles, comme tous les autres ouvriers, ne les quitterait sous aucun prétexte. Ils en pleuraient lorsqu’ils déménageaient, même si la transhumance les déplaçait de quelques mètres seulement vers le couloir suivant. Ils n’imaginaient pas vivre ailleurs. Charles n’avait pas besoin de miroir pour mesurer la misère. Elle leur collait à la peau, il suffisait de regarder autour de soi pour la voir. La majorité des ouvriers la vivaient à la maison tous les jours que Dieu faisait dans sa grande mansuétude. Certains, éthérés ou alors des irrécupérables très abîmés par le labeur, trouvaient encore le moyen d’aller le remercier pour ces épreuves le dimanche à la messe. Ce décor immuable depuis cent ans, ces rites de pauvres gens se répétaient tout au long de la rue des Longues-Haies enfumée par les cheminées d’usine à proximité et dans tous les quartiers populaires de Roubaix comme une chaîne infinie. Cela ne l’empêchait pas d’être la rue la plus vivante, la plus célèbre, la plus crainte de Roubaix, son poumon de fumeur. Et le comble, la plus conviviale.
S’il devait y avoir une seule chose équitable dans cette ville, ce serait la maigre consolation de reconnaître que dans les quartiers riches, les habitants respiraient à pleins poumons le même air.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Bernard Thilie est né rue du Vieil-Abreuvoir à Roubaix dans un débit de tabac enfumé nommé « le Havane ». C’est à Roubaix qu’il a vécu une scolarité chaotique qui lui a permis de fréquenter la quasi-totalité des écoles de cette ville, lassant la patience des enseignants de cinq établissements sur les treize visités. Après un service militaire houleux dans l’artillerie, dont témoigne l’absence de clochers de certains villages du Poitou, il a sévi pendant quarante ans dans le monde fertile des engrais, milieu culturel s’il en est. Il a découvert la littérature à dix ans au travers de la comtesse de Ségur et depuis, lit en moyenne trois livres par semaine. Si Hemingway et Maupassant sont ses modèles, il aime également les policiers (McBain, Williams, Connely) ainsi que la bonne science-fiction (Simak, Silverberg). En 2003, il réalise son rêve et se met à l’écriture. Sept romans à ce jour, dont une biographie de chef d’orchestre toujours à la recherche d’un éditeur courageux, une vision personnelle et vécue de mai 68, et la suite de Nuit de chine.
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